Se Cultiver, Apprendre et Travailler Intellectuellement face à la Bipolarité
Entraîner son Cerveau
Comment renforcer sa réserve cognitive pour mieux vivre avec la bipolarité
Tous les exercices et activités présentés dans cet article sont conçus pour être pratiqués en phase stabilisée — quand l’humeur est stable et les symptômes sous contrôle. C’est pendant ces périodes de calme, appelées « euthymie » ou « intervalles libres », que le cerveau est le plus réceptif à l’entraînement.
Qu’est-ce que la Réserve Cognitive ?
Imaginez votre cerveau comme une forêt. Plus il y a de sentiers bien balisés, plus il est facile de se déplacer d’un point à un autre, même si certains chemins principaux sont bloqués. La réserve cognitive, c’est exactement cela : l’ensemble des connexions neuronales que nous avons construites tout au long de notre vie grâce à l’éducation, aux expériences, aux rencontres et aux activités stimulantes.
La réserve cognitive, c’est comme avoir plusieurs routes pour atteindre une destination. Si la route principale est en travaux (à cause du stress, de la fatigue ou des épisodes), d’autres itinéraires permettent tout de même d’arriver à destination. Plus nous avons de routes alternatives, plus nous sommes résilients.
Pourquoi est-elle importante dans la bipolarité ?
Les recherches montrent que les personnes atteintes de bipolarité qui possèdent une réserve cognitive élevée :
- Vivent généralement moins d’épisodes de manie et de dépression
- Conservent de meilleures capacités mentales au fil du temps
- Parviennent mieux à gérer leur vie quotidienne et professionnelle
- Ressentent une meilleure qualité de vie globale
Contrairement à de nombreux éléments liés à la bipolarité, la réserve cognitive n’est pas figée. Elle peut être construite et renforcée à tout âge. C’est une opportunité concrète d’action pour améliorer son bien-être au quotidien.
Quand Commencer ? La Phase Stabilisée
Quand peut-on commencer à entraîner son cerveau ? La réponse est claire : pendant les périodes de stabilité, lorsque l’humeur est stable et que les symptômes aigus ont disparu. Les scientifiques appellent cela l’état « euthymique » ou la phase « d’intervalle libre ».
Pendant un épisode maniaque ou dépressif, le cerveau est déjà sous tension maximale. Tenter des exercices cognitifs intenses dans ces moments pourrait être contre-productif, voire source de frustration. En phase stabilisée, au contraire, le cerveau est disponible pour créer de nouvelles connexions et consolider l’apprentissage.
Comment savoir si on est en phase stabilisée ?
Voici quelques indicateurs simples :
- L’humeur est relativement stable depuis au moins quelques semaines
- Les médicaments sont stabilisés (pas de changement récent)
- Le sommeil est régulier
- On retrouve un intérêt pour les activités quotidiennes sans excès
- La concentration permet de lire ou de suivre une conversation sans difficulté majeure
Dans les études scientifiques, les chercheurs vérifient généralement que les scores sur les échelles d’humeur sont bas et stables pendant au moins une à deux semaines avant de proposer des exercices cognitifs.
Activités Quotidiennes pour Entraîner son Cerveau
📚 Lire et écrire
La lecture de romans, articles ou essais stimule l’imagination et la mémoire. Écrire un journal, des lettres ou même des listes engage différentes fonctions cérébrales. Les études montrent que lire des livres a plus d’impact que lire des journaux.
🎭 Sorties culturelles
Cinéma, théâtre, concerts, visites de musées ou d’expositions. Ces activités stimulent la mémoire épisodique, enrichissent le vocabulaire et créent des souvenirs structurés. Elles combinent plaisir et stimulation intellectuelle.
💬 Conversations riches
Discuter de sujets variés, échanger des idées, débattre amicalement. Les interactions sociales complexes mobilisent l’attention, la mémoire de travail et la cognition sociale (comprendre les émotions des autres).
🎲 Jeux de stratégie
Échecs, jeux de cartes, mots croisés, sudoku, scrabble. Ces jeux entraînent la planification, la flexibilité mentale et la mémoire. Jouer avec d’autres ajoute une dimension sociale bénéfique.
🎨 Activités créatives
Peinture, dessin, couture, bricolage, jardinage, cuisine. Les activités manuelles créatives améliorent la concentration, la coordination et procurent un sentiment d’accomplissement.
🎵 Musique et danse
Écouter de la musique activement (pas en fond), chanter, danser ou apprendre un instrument. La musique engage de multiples régions cérébrales et améliore la mémoire émotionnelle.
🚶♀️ Activités physiques douces
Marche, yoga, tai-chi, natation. L’exercice physique améliore la circulation sanguine vers le cerveau et stimule la production de nouvelles connexions neuronales.
Peu importe l’activité choisie, l’important est d’y être mentalement présent. Regarder la télévision de façon passive a peu d’effet bénéfique. En revanche, regarder un film en y prêtant attention, puis en discuter ensuite, devient une stimulation cognitive.
La Remédiation Cognitive : Un Entraînement Structuré
Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, il existe des programmes structurés de remédiation cognitive. Il s’agit d’entraînements spécifiques, souvent encadrés par des professionnels, qui ciblent les fonctions les plus affectées : la mémoire de travail, l’attention soutenue, la planification.
La remédiation fonctionnelle
Développée notamment à Barcelone, cette approche combine :
- Exercices de neurocognition (mémoire, attention)
- Stratégies pour appliquer ces capacités dans la vie réelle
- Travail en groupe pour partager les expériences
- Implication des proches pour soutenir le transfert
Les résultats montrent des améliorations durables du fonctionnement social et professionnel.
Conseils Pratiques pour Commencer
| Principe | Application concrète |
|---|---|
| 1. Commencer doucement | Choisir une ou deux activités qui font plaisir. Lire 20 minutes par jour, faire une partie d’échecs par semaine, ou aller au cinéma une fois par mois sont de bons débuts. |
| 2. Privilégier la régularité | Mieux vaut 15 minutes de lecture quotidienne qu’une séance de trois heures une fois par mois. Le cerveau apprend par la répétition. |
| 3. Varier les stimulations | Alterner les types d’activités : intellectuelles, sociales, physiques, créatives. Chaque type engage différentes régions cérébrales. |
| 4. Partager l’expérience | Faire ces activités avec d’autres quand c’est possible. Discuter d’un film, jouer en équipe, ou lire le même livre qu’un ami multiplie les bénéfices. |
| 5. Écouter son corps | Si la fatigue s’installe ou que l’humeur fluctue, réduire temporairement l’intensité. Ces activités doivent rester des sources de plaisir, pas des obligations stressantes. |
Les applications et jeux cérébraux commerciaux (« brain training ») montrent des bénéfices limités qui ne se transfèrent pas forcément à la vie quotidienne. Privilégiez les activités réelles, sociales et variées aux écrans isolés.