Les Questions qu’on Ne Pose Jamais.
Les Questions Qu’on Ne Pose Jamais
Sexualité, image corporelle et traitement : ce qu’on ne dit pas mais qu’il faut savoir
Le saviez-vous ? Entre 30 et 80% des jeunes sous traitement pour trouble bipolaire ressentent des effets secondaires sexuels ou des changements de poids. Pourtant, peu osent en parler à leur médecin. Pourtant, ces questions sont essentielles pour vivre bien avec son traitement.
1. Pourquoi on n’ose pas en parler ?
Quand on commence un traitement pour trouble bipolaire, on nous parle surtout de l’humeur, de la stabilité, des phases de manie ou de dépression. Mais on nous dit rarement que ces médicaments peuvent aussi affecter notre sexualité ou notre poids.
Et quand ça arrive, on a honte. On se dit que c’est de notre faute. Ou on a peur que le médecin nous réponde que c’est « normal » et qu’il faut faire avec. Alors on garde ça pour nous. Et parfois, on arrête les médicaments en secret, ce qui est très dangereux.
Les questions qu’on entend rarement poser :
- « Pourquoi je n’ai plus envie de faire l’amour depuis que je prends ce médicament ? »
- « Est-ce normal d’avoir du mal à ressentir du plaisir ? »
- « Ce médicament va-t-il me faire grossir ? »
- « Comment je fais avec mon copain/ma copine si je n’ai plus de libido ? »
- « Est-ce que je pourrai avoir des enfants plus tard ? »
- « Pourquoi mes règles ont disparu ? »
2. Ce que les médicaments peuvent changer
2.1 La sexualité
Plusieurs types de médicaments utilisés pour le trouble bipolaire peuvent affecter la sexualité. Ce n’est pas « dans votre tête » : c’est un effet chimique réel.
Les médicaments agissent sur des substances chimiques dans le cerveau (dopamine, sérotonine) qui contrôlent non seulement l’humeur, mais aussi le désir sexuel, le plaisir et la réponse corporelle. Quand on modifie ces substances pour stabiliser l’humeur, on peut aussi modifier la sexualité.
Ce que vous pouvez ressentir :
- Moins d’envie de faire l’amour (libido diminuée)
- Difficulté à ressentir du plaisir ou à atteindre l’orgasme
- Sécheresse vaginale chez les filles, difficulté d’érection chez les garçons
- Troubles des règles (cycles irréguliers ou arrêt)
- Écoulement de lait des seins sans grossesse (galactorrhée)
Risque élevé d’effets sexuels. Ils augmentent la prolactine, une hormone qui inhibe la sexualité et peut arrêter les règles.
Risque modéré. Moins d’effets sur la prolactine, mais peuvent quand même causer une baisse de libido.
Risque élevé de retard à l’orgasme ou d’anorgasmie (impossibilité d’avoir un orgasme).
Risque modéré. Peut causer une baisse de libido liée à la fatigue ou à des problèmes de thyroïde.
Généralement mieux tolérée, avec moins d’effets sexuels que les autres.
2.2 Le poids et l’image de soi
Prendre du poids avec les médicaments psychiatriques, c’est très fréquent. Ce n’est pas une question de volonté ou de régime : les médicaments augmentent l’appétit, ralentissent le métabolisme, et créent des envies de sucre.
Faux : « Le Lithium fait toujours grossir énormément. »
Vrai : Seulement 25% des patients prennent du poids significatif avec le Lithium. Et c’est souvent moins que avec d’autres médicaments comme l’Olanzapine ou la Quétiapine.
Pourquoi c’est difficile ?
- Changement de l’image de soi (on ne se reconnaît plus dans son corps)
- Peur du regard des autres, moqueries
- Perte de confiance en soi, notamment dans l’intimité
- Envie d’arrêter les médicaments pour retrouver son poids
3. Ce qu’on peut faire
3.1 Oser en parler (vraiment)
Votre médecin n’est pas devin. Et il n’a peut-être pas été formé à aborder ces sujets. C’est à vous de lever la main, même si c’est gênant.
- « Depuis que je prends ce médicament, j’ai remarqué des changements dans ma sexualité. Est-ce normal ? »
- « J’ai pris X kilos en X mois. Peut-on faire quelque chose ? »
- « Ces effets secondaires me posent problème au quotidien. Quelles sont mes options ? »
3.2 Les solutions possibles
Selon votre situation, plusieurs options existent :
- Changer de médicament : Si un médicament vous donne trop d’effets secondaires sexuels, un autre peut être mieux toléré.
- Ajuster la dose : Parfois, une dose plus faible suffit et réduit les effets secondaires.
- Traiter les effets secondaires : Des solutions existent (lubrifiants, traitements pour l’érection, etc.).
- Association de médicaments : Par exemple, ajouter de l’Aripiprazole peut réduire la prolactine élevée par la Risperidone.
3.3 La sexualité dans le trouble bipolaire (hors médicaments)
Il faut aussi comprendre que le trouble bipolaire lui-même affecte la sexualité, indépendamment des médicaments :
Hypersexualité, augmentation du désir, comportements à risque (partenaires multiples, sexe non protégé). Ce n’est pas une « libido normale », c’est un symptôme de la maladie qui nécessite un traitement.
Baisse ou disparition de la libido, perte d’intérêt pour tout, repli sur soi. Ces symptômes s’améliorent quand la dépression est traitée.
C’est souvent là qu’on remarque le plus les effets secondaires des médicaments, parce qu’on se sent bien mentalement mais qu’on a des problèmes sexuels. C’est frustrant, mais c’est aussi le bon moment pour en parler et ajuster le traitement.
4. La grossesse : une question pour plus tard (mais pas trop tard)
Si vous êtes une jeune fille et que vous pensez un jour avoir des enfants, c’est une conversation à avoir avec votre médecin, même si ce n’est pas pour demain.
- Certains médicaments (Valproate, Carbamazépine) sont dangereux pour un bébé en développement.
- D’autres (Lamotrigine) sont plus sûrs.
- L’arrêt brutal de tous les médicaments pour tomber enceinte est risqué : le risque de rechute est élevé, surtout après l’accouchement.
Conclusion : Votre corps, votre vie, votre droit d’en parler
Les effets secondaires sexuels et métaboliques des traitements du trouble bipolaire sont réels. Ils ne sont pas « dans votre tête », ce ne sont pas des détails, et vous n’avez pas à vous sentir coupable de les ressentir.
Le traitement du trouble bipolaire ne devrait pas se faire au prix de votre sexualité, de votre image corporelle ou de votre confiance en vous. Une bonne prise en charge tient compte de tout ça.
« La première étape, c’est de briser le silence. Le reste vient après. »